Turqueries

•Paradoxes turcs

Après avoir vécu 11 mois dans un pays et en avoir visité de nombreux coins et recoins, vous pensez en avoir un portrait assez juste. Et pourtant... il y a encore des choses qui vous échappent.  Certaines contradictions de la culture turque demeurent pour vous un mystère. 

Mystère turc no 1: le rapport des Turcs au temps

Votre première impression d'occidental nord-américain arrivant en Turquie est qu'ici, tout est LENT. Dans la rue, les hommes marchent, bras dessus bras dessous, d'un pas de promenade. Ils s'arrêtent lorsqu'ils rencontrent une connaissance, s'embrassent et s'arrêtent pour bavarder (bloquant ainsi toute la largeur de la rue et vous empêchant de passer). Ceux qui marchent seuls (les livreurs surtout) n'ont pas le pas plus alerte. Même les caissières, au supermarché, vous semblent passer les produits sur le tapis roulant avec des gestes léthargiques. Personne n'est pressé de faire quoique ce soit, constatez-vous. Si vous vous nommez Sébastien Blais, ce contraste avec votre hyperactivité naturelle vous met même sur les dents!

Il est d'autant plus saisissant découvrir qu'il y a deux endroits précis où les Turcs accomplissent tout en accéléré: au restaurant et sur la route.

Du modeste salon de thé au plus fameux restaurant de kebabs de la ville, le processus est le même. Vous entrez, on vous assigne une table et on vous remet le menu. Trois secondes et demi plus tard, votre serveur attend, crayon à la main, votre commande! Vous n'avez même pas eu le temps de lire deux lignes. Si vous avez l'habitude de garder un peu de vos mezzes en guise d'accompagnement de vos plats principaux, gare à vos assiettes... vous apprendrez à vos dépends que vous devez garder vos yeux rivés sur tout plat où il ne reste qu'un quart de la portion. Il vous suffit de détourner le regard un instant pour qu'il disparaisse, enlevé par un des dix serveurs qui tournent autour de votre table comme une bande de vautours. Malgré tous vos efforts, vous n'avez jamais réussi à "étirer" votre repas plus de quarante minutes dans un restaurant turc. Ce n'est pas qu'on vous met à la porte, loin de là. Mais sans coupe de vin à finir, l'intérêt est moindre. Sans compter que plus vous restez longtemps, plus vous devez boire du thé.

Nazif, votre vendeur de tapis favori, vous a officiellement confirmé votre impression: un Turc qui se respecte expédie son repas en moins de vingt minutes.

L'autre preuve que les Turcs ne sont pas génétiquement programmés pour être lents, c'est la vitesse à laquelle ils roulent. Heureusement, l'essence est hors de prix, ce qui fait qu'il y a peu de conducteurs. Autrement, vous n'auriez peut-être pas risqué votre vie et celle de vos invités... La métamorphose des Turcs ne se produit pas seulement derrière un volant. Tout se passe comme s'ils passaient de "lent" à "accéléré" dès qu'ils mettent un pied hors du trottoir. Vous êtes fascinés par le spectacle qui vous attend à chaque fois que vous attendez près d'une lumière rouge. Vieillards impotents avec une canne, hommes d'affaires en complet, mère de famille traînant un enfant dans chaque main: tous traversent à la course sans jamais attendre le feu vert, zigzagant à travers les voitures qui les évitent à grands coups de klaxon. Pour braver ainsi la mort, ils doivent avoir un rendez-vous important, une course urgente à faire??? Non, selon toute vraisemblance, puisqu'une fois parvenus de l'autre côté de la rue, ils reprennent leur pas de promenade.

Un collège consulté à ce sujet a parfaitement reconnu ce comportement comme typiquement turc. Il l'a expliqué comme suit: "Nous n'aimons pas attendre". Vous restez tout de même mystifié.

 

Mystère turc no 2: le rapport des Turcs à l'efficacité

Quand vient le temps des choses sérieuses comme boire du thé, les Turcs sont d’une remarquable efficacité. Entre le moment où votre marchand vous offre un thé et celui où on vous apporte le petit verre en forme de tulipe, il ne se passe jamais plus de cinq minutes. Vous avez toujours été impressionné par ce système. Vous vous êtes souvent demandé quel pouvait être leur truc.

Une partie du mystère a été dévoilé lorsque vous avez découvert le design unique des bouilloires turques. Elles sont doubles : il s’agit en fait de deux théières superposées. Dans la première, on laisse bouillir de l’eau, perpétuellement. Dans la seconde, on infuse les feuilles avec très peu d’eau. Lorsque vient le moment de servir, on verse un peu de ce concentré de thé dans le verre et on le dilue avec l'eau chaude contenu dans l'autre théière. De cette manière, il y a toujours du thé prêt à boire.

N’empêche, tous les marchands de Turquie ne peuvent pas avoir de théière dans leur arrière-boutique. C’est pourquoi un système fort efficace est en place autant dans les grandes villes que dans les plus infimes villages. Tout marchand a un « compte ouvert » dans le salon de thé le plus près de chez lui. Sur un coup de téléphone, il commande son thé et se le fait livrer dans les minutes qui suivent. Le garçon arrive, dépose les tasses, ressort. Il revient une demi-heure plus tard pour récupérer verres et soucoupes. Voilà qui est, de plus, bien écologique.

Dans beaucoup d’autres domaines, cependant, l’efficacité des Turcs est loin d’être remarquable. Elle fait même cruellement défaut. En fait, vous avez rapidement découvert que si le mot d’ordre, ici, est le « tamam » (équivalent de « d’accord », « ok » ou « je vais trouver une solution »), il n’y a aucune garantie de temps ou de résultat! L’état général de désorganisation est tel que vous comprenez très bien que tout puisse être « tamam »; quand n’importe qui fait n’importe quoi n’importe comment, il vaut mieux ne s’attendre à rien, laisser aller les choses et espérer...

Tels les célèbres cols bleus de la ville de Montréal, les Turcs font toujours tout en groupe : un qui travaille, deux (au moins) qui le regardent. Vous avez ainsi eu des équipes de trois, même quatre membres du personnel d’entretien qui sont venus réparer votre laveuse et installer des moustiquaires à vos fenêtres. À chaque fois, il n’y avait qu’un seul des hommes qui travaillait. Vous n’avez jamais su ce que venaient faire les autres. Vous soupçonnez que c’était peut-être ses amis, venus lui raconter leur fin de semaine à la job... Tout est possible!

 

Mystère turc no 3 : le machisme turc

Ils portent fièrement d’abondantes moustaches et préfèrent passer leur temps entre hommes; à priori, les Turcs sont le portrait craché du mononcle macho et paternaliste qui croit que les petites femmes devraient rester à la maison et le laisser s’occuper des « vraies » affaires. Vous vous croyez parfois revenu dans le Québec d’il y a trente ans. Une époque où on vivait entre hommes et entre femmes plutôt qu’en couple.

Vous trouvez donc éminemment comique de voir des couples d’hommes bien virils sortir du supermarché bras dessus, bras dessous... avec leurs petits sacs d’empelettes. Plus drôle encore est le comportement totalement maternel des hommes de 7 à 77 ans envers les poupons et les très jeunes enfants. Ils s'arrêtent en pleine rue pour leur faire des guilis-guilis! Vous avez même vu un pilote d'avion perdre toute sa dignité de commandant de bord pour s'extasier devant le bébé d'un passager et lui pincer les joues! Un jeune homme turc de 20 ans ayant passé ses vacances d'été aux États-Unis vous a raconté avoir vécu là-bas un choc culturel important: "On me prenait pour un pédophile parce que je prenais les enfants dans mes bras". Vous le croyez. En Amérique du Nord, un tel enthousiasme envers les très jeunes enfants n'est pas monnaie courante chez les hommes, et devient par conséquent suspect.

 

Mystères turc no 4: le rapport des Turcs à la viande

Vous n’aviez rien vu venir. Vous ne vous étiez pas méfié. La première fois que vous avez acheté un morceau de filet de veau, votre turc n’était pas encore bien avancé. Le boucher vous a posé une question. Vous avez hoché sottement la tête. Il a pris votre morceau et l’a passé au moulin à viande. Vous êtes repartie avec du filet de veau... haché.

Vous avez ainsi vu des choses affreuses. De beaux morceaux juteux écrasés, aplatis à coups de maillet à viande. De superbes saumons entiers charcutés en « filets ». De délicats jarrets d’agneau débités à la hache.  Un Français en aurait une crise cardiaque.

Les Turcs, si tâtillons sur la fraîcheur des aliments, créateurs du sublime hungar begendi et autres délicatesses ottomanes, les Turcs n’ont aucun respect pour la viande.  Cela vous attriste. Mais cela a ses avantages. Puisque tout est destiné à être haché, coupé, écrasé, déchiqueté, tous les morceaux coûtent à peu près le même prix.

Vous vous bourrez ainsi de filet d’agneau à 10$ la livre et ferez du pâté chinois à votre retour.


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Publié à 06:23, le 16/12/2007,
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Récits et anecdotes de notre séjour d'un an à Bilkent Universitesi, Ankara, Turquie

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