Turqueries

• Azerbai...quoi?

Annie :  Baku.  Azerbaïjan.  Ni le pays, ni la capitale ne vous disent rien.  Vous seriez bien incapables de les placer quelque part sur la carte du monde.  Il y a des pays, comme ça, dont on n’entend jamais parler, et où personne ne va.  Un certain nombre d’entre eux se trouvent en Asie mineure, et ont fait partie de la masse anonyme de républiques ayant été recueillies dans le giron de l’immense l’URSS :  Turkmenistan, Kirghizstan, Kazakhstan, Ouzbekistan … Azerbaïjan.  Comme certains de ses confrères, « la Terre du feu » possède une richesse naturelle qui a favorisé son développement à plusieurs moments de l’histoire :  le pétrole.  La capitale, Baku, est ainsi une ville moderne, avec un riche patrimoine architectural.     Quelques photos trouvées sur internet nous avaient décidés à aller la voir de plus près.  Il faut dire que les vols directs depuis Ankara n’abondent pas; or, Baku se trouvait sur cette liste.Pétrole

Sébastien: "You know Greece?  In Greece, they grow olive trees for the oil.  In Azerbaijan, we don't need olive trees."  Notre guide l'a très certainement racontée cent fois, mais, à défaut d'être particulièrement drôle, la blague résume bien Baku, capitale pétrolière de la Caspienne.  L'or noir y teinte tout, des berges à l'architecture, en passant par le niveau général des prix et la nette démarcation entre ceux qui roulent en Mercedes et ceux qui roulent en Lada.

Ladas et Mercedes

Ceux qui peuvent profiter de la manne (ou de l'omniprésente corruption) sont aisément identifiables et mènent une vie assez occidentalisée.   Toutes les grandes marques sont présentes et semblent faire de bonnes affaires.  Rue commerciale de BakuPour les autres, c'est la misère: la cabane de blocs, avec un peu chance un coin de terre pour y faire pousser quelques légumes et laisser courir des poules, et un maigre espoir que les choses iront mieux, un jour...  C'est l'environnement qui paie de gros prix pour toutes les Mercedes du pays.  La présence d’un petit « Parc national de Baku », pour séparer la vieille ville de la mer, donne l'impression à l'Occidental bien élevé qui arrive que les Azéris sont soucieux de la santé de leur grand lac salé.  Il n'en est rien.  On n'a qu'à se pencher un peu et à jeter un oeil à l'épaisse substance noire qui flotte contre le quai pour se convaincre du contraire.  La priorité, c'est le pétrole...  ou peut-être carrément le fric!  L'autre ressource de la Caspienne est l'esturgeon et son caviar.  Là encore, nombreux sont les braconniers qui pêchent sans autorisation, la nuit, parfois à la bombe artisanale.  Officiellement, la Caspian Fish Company détient le monopole du caviar, mais à 1400$ US le kilo, on peut comprendre que certains tentent leur chance.  Ce qui est plus difficile à comprendre, c'est l'absence de contrôle de la part de l'État.  L'espèce est en voie d'extinction, mais ça ne semble émouvoir personne.  Sans doute qu'ils se disent que le prix montera bien à 5000$ le kilo lorsqu'il se fera plus rare...  Le mépris de l'environnement ne s'arrête pas là: on dirait que pour eux, le monde est une grande poubelle.  Notre chauffeur, un ingénieur qui arrondit ses fins de mois en promenant des touristes, lance sa bouteille d'eau par la fenêtre une fois terminée.  Sur la route, nous avons pu voir à deux endroits des paysans brûlant des déchets dans des pneus...  

La ville et son architecture

S :  Le premier boom pétrolier à la fin du 19ième siècle a laissé d'imposants immeubles à Baku, et le boom actuel en fera autant.  Entre les deux, les Soviétiques n'auront même pas fait l'entretien.  Certains disent que le mélange n'est pas très heureux, mais je ne suis pas de cet avis.  Une ville n'est pas un musée.

Ville

A :  La vieille ville est ceinturée par une forteresse médiévale, et on retrouve en son centre la « Tour vierge » (vierge=imprenable), d’un style très différent de celles que l’on peut retrouver en Europe.  Un palais du XVe siècle est caché derrière les remparts;  ses portails richement sculptés sont très semblables à ceux que l’on peut retrouver à Konya, en Turquie.  Ils sont l’œuvre des Seldjoukides, un peuple venu d’Asie centrale qui a occupé un vaste territoire au Moyen-âge.  Chassés par les Ottomans en Turquie au début du XVe siècle, ils sont demeurés beaucoup plus longtemps en Azerbaïjan.   Preuve que Baku était une étape importante de la Route de la soie, pas moins de trois caravansérails se trouvent à l’intérieur de la vieille ville.  Deux d’entre eux abritent maintenant des restaurants.  Nous avons essayé l’un d’eux, le Mugham :  cuisine délicieuse, décor exquis.Sortir des murs de la vieille ville donne l’impression de changer brusquement de siècle;  toute la vieille ville est environnée de quartiers où les édifices du début du XXe siècle abondent.  L’Opéra national est un exemple de cette architecture élégante.  On retrouve aussi au hasard des rues de petites merveilles comme ces sculptures décadentes de bonshommes joufflus servant de supports à balcon.Enfin, à travers tout cela,  on trouve à l’occasion des horreurs soviétiques en béton et des  édifices ultramodernes de verre et de chrome.  Curieux mélange, certes, mais qui ne manque pas de charme.

 Tour vierge

 

Opera 

Tourisme en Azerbaïjan

S :  Contrairement à ce que nous nous étions imaginé, le tourisme à Baku est assez dispendieux.  Les grandes compagnies pétrolières gorgent la ville d'expatriés qui débarquent dans les hotels et les restaurants avec les poches bien pleines.  On se retouve alors avec des chambres à 90$ US la nuit, d'excellents repas autour de 60$ par couple et des excursions à 200$ (une journée avec chauffeur et guide, pour un petit groupe).  Par contre, les "infrastructures touristiques" sont bien minimales.  En fait, le Ministère du tourisme ne semble pas lui-même savoir ce que sont les atouts du pays.  Dans le musée du Temple du feu, une note peut se résumer ainsi: " Vous devriez trouver cet endroit intéressant puisque plusieurs l'ont trouvé intéressant avant vous. Voici une liste de ces personnes:  M. Untel - 1873, M. Un autre - 1902, etc.".   Les pièces du musée sont occupées par des mannequins de cire reproduisant les activités des ascètes de l'époque, mais notre jeune guide est absolument incapable de nous dire quelles sont ces activités…

A :  Il se révèle donc plus satisfaisant d’aller contempler de curieux phénomènes géologiques :  les volcans de boue.

  Volcan de boue

L’Azerbaïjan est qualifiée de « Terre du feu » en raison de la présence importante de gaz naturel.  Il arrive parfois que ce gaz traverse une nappe phréatique avant d’être recraché par un trou de la croûte terrestre.  Le résultat est surprenant et amusant. 

Annie dans la boue 

Party azeri

:  Depuis le début, notre chauffeur essayait de nous convaincre d’aller quelque part avec ses deux mots d’anglais.  Les guides « bilingues » rencontrés en route n'en parlant que quatre, aucun n’était capable de traduire pour lui.   Nous comprenions seulement qu’il voulait que nous allions manger « à la campagne ».  En désespoir de cause, et voyant que nous ne résistions pas, il a cru bon de faire à sa guise.  Après avoir donné quelques coups de fil avec son cellulaire, il prend une route secondaire et conduit durant une quinzaine de minutes à travers un dédales de maisons villageoises, puis arrête la voiture et nous fait signe de descendre.  Nous entrons dans une vaste cour où nous découvrons une vingtaine de jeunes gens attablés.  Nous comprenons enfin :  notre chauffeur ne voulait pas manquer le « party » de fête de son ami même s’il travaillait ce jour-là!  Il nous jette quelques regards en coin, inquiets de voir si nous apprécions  l’initiative et doit déduire à nos sourires ravis qu’il ne perdra pas son pourboire.

  Table

En fait, nous aurions payé avec joie le 200$ que nous coûte l'excursion uniquement pour avoir la chance de vivre une expérience aussi authentique!  Cette initiative de notre chauffeur vient donc « rentabiliser » considérablement notre investissement.   Plusieurs invités parlent anglais (les amis réunis étant en fait tous employés de deux agences de voyage "sœurs" , dont celle avec  laquelle nous avons fait affaire).  Nous expérimentons donc  l’hospitalité azérie dans toute sa splendeur.   Nous sommes gavés de nourriture (cuisinée par la mère et la copine du fêté).  Nous pensons d’abord être arrivés en plein milieu du repas principal :  salades de betteraves et de carottes à la mayonnaise, genoux d’agneau longuement mijotés.  Mais il s’avère que nous n’en sommes qu’aux prémisses :  bientôt suivent les kebabs, magnifiques grillades de côtelettes d’agneau et de poulet.  Des assiettes de fruits frais apparaissent ensuite sur la table; le vrai dessert arrive plus tard, avec le thé, fait dans un gigantesque samovar (reliquat soviétique?).  Nous sortons de table tellement repus que nous ne souperons pas le soir venu (il faut dire que Sébastien ayant abusé de la vodka de ses hôtes, il n’est pas vraiment en état de sortir de la chambre d’hôtel de toutes façons…)

  Salut

Le clou de l’après-midi est le moment où on demande à Sébastien de faire un discours en l’honneur du fêté. ..  Je vous laisse imaginer la scène! 

Cirque aéroportuaire

S :  Parfois on se demande pourquoi certains pays tirent de l'arrière en terme de développement économique, parfois des explications simples nous sautent aux yeux.  Si acheter des billets avec Azerbaijan airlines est une aventure, imaginer voler avec eux! Nous avions d'abord tenté de faire affaire avec le bureau d'Ankara: la communication en anglais s’était avérée impossible et nous  avions contacté une agence azérie par courriel.  (Hasard suprême, c’est avec les employés de cette agence que nous nous retrouverons au party d’anniversaire!)  L'agence en question nous avait informés de la disponibilité des billets et de leur prix, mais devant des frais d'envoi importants, nous avait recommandé de les acheter à Ankara.  Nous nous étions donc tournés donc vers la petite agence du campus de Bilkent.  Elle pouvait nous vendre les billets… mais pour 150$ de plus que ce que l'agence azérie nous avait proposé. Pourquoi 150$ de plus?  Il avait fallu 5 appels et 30 minutes à l'agente de voyage pour identifier la "raison"... Pour acheter les billets à prix réduit, il fallait se présenter au bureau d'Azerbaijan Airlines à Ankara et les payer comptant!  Nous avions calculé que ça méritait le déplacement. Au comptoir d'Azerbaijan Airlines à l'aéroport, nous reconnaissons celui qui nous a vendu les billets au bureau d'Ankara.  Il y coordonne le travail des 5 préposés qui, pour la plupart, semblent débuter ce jour-là.  Notre préposée est évidemment la plus paniquée d'entre eux.  Elle regarde son écran qui semble lui donner des visions d'horreur et tente d'attirer l'attention de ses collègues pour obtenir de l'aide. Pendant ce temps, un gros Azéri avec des dents en or me souffle dans la nuque.  Bien que la personne devant moi n'avance pas d'un poil, il me pousse vers l'avant constamment en s'appuyant sur moi. Les Azéris, comme les Turcs d'ailleurs, n'ont pas de "bulle".  Je respire profondément.  La préposée réussit finalement à progresser et je peux enfin lui présenter mon passeport et mon permis de résidence.  Elle est très "contente" de voir un permis de résidence et elle le dévore des yeux en souriant.  Elle feuillette ensuite mon passeport comme on feuilletterait un livre de recette en se demandant "Qu'est-ce qu'on mangerait bien ce soir?".  Elle semble satisfaite et me rend mes documents.  Après inspection, je me rends compte qu'elle a (aussi) pris par erreur mon billet de retour...  Je retourne donc lui exposer le problème.  "It's okay" qu'elle me dit.  Je doute que ce soit le cas...  Son supérieur entend la conversation et vient lui expliquer qu'elle doit retrouver mon billet... En espérant que le pilote ait effectué plus de vols que notre préposée a enregistré de bagages, nous prenons place dans l'avion.  Clairement, l'avion,lui, a du vécu: les sièges sont complètement défoncés et ma lampe de lecture ne fonctionne pas.  Ils se rattrapent sur la nourriture, la meilleure que j'ai mangé en classe économique.  Ils ont aussi une bonne sélection de vodkas russes bien froides.  Je passe, pour cette fois... Craignant le pire, nous arrivons plus de trois heures d'avance à l'aéroport de Baku pour le retour.  Ils sont légèrement maniaques côté sécurité.  Un premier contrôle à l'entrée de l'aéroport, un second pour accéder à l'engistrement des bagages et un dernier avant l'embarquement.  Au premier contrôle, tout se passe très bien... et c'est peut-être pour ça qu'il y en a deux autres!  Au second, ça se complique. D'abord, ils gèrent la circulation: on ne peut traverser que si le vol est dans moins de 2 heures. Puis, lorqu'ils se décident à nous laisser passer, le préposé m'engueule (en azéri) parce que je mets ma ceinture dansle plateau qui passe sous les rayons-X plutôt que dans le petit panier qu'ils inspectent de leur yeux experts.  Je respire profondément et traverse récupérer mes bagages sur le tapis roulant.  Il m'en manque un.  Un préposé l'a mis sur le chariot d'un autre voyageur, mais rapidement un autre préposé l'a récupéré pour l'envoyer aux douanes: il y a une restriction sur l'exportation des tapis anciens.  Bien que la douanière essaie un peu de nous faire peur, nos tapis sont récents et elle nous laisse passer.  En fait, je comprends qu'elle tente de nous intimider en constatant qu'elle ne regarde qu'un seul tapis et m'interrompt lorsque je m'apprête à déballer le second. En principe, on doit obtenir un certificat du Ministère attestant l'âge du tapis avant de se présenter aux douanes.  Le certificat coûte environ 40$ et notre vendeur nous avait dit qu'on pouvait s'en passer.  "La prochaine fois..." me dit la douanière... Azerbaijan airlines a ajouté un niveau de vérification supplémentaire avant l'enregistrement des bagages: un préposé vérifie les passeports et les billets.  Est-ce dans en effort d'efficacité?  J'en doute.  C'est probablement qu'il est le seul à pouvoir différencier un passeport d'un livre de poche... Plus qu'un seul contrôle avant l'embarquement et c'est le moment de faire des réserves d'alcool au duty free.  Annie fait d'abord un tour de reconnaissance pendant que je garde un oeil sur les bagages, puis j'y vais.  Le choix est bon est les prix sont tout à fait raisonnables: le Havana Club est au même prix qu'à Cuba.  Les mains pleines, je demande à la caissière si je peux déposer quelques bouteilles sur le comptoir. "No, no, no." qu'elle me dit.  On m'explique que pour des raisons de sécurité, on ne peut plus prendre des bouteilles dans la cabine depuis quelques jours.  Je respire profondément... Pour le dernier contrôle, on a droit à la totale: tout le monde retire ses chaussures et les dépose dans un panier sur le tapis roulant.  Bien que je mette soigneusement dans le panier tous les objets métalliques que je porte et que le détecteur de métal reste silencieux, on me passe le détecteur manuel.  Nous voilà prêts pour un embarquement qui se passe dans un fouillis total.  Il n'y a pas d'appel.  Sans que je sache pourquoi, tout le monde se lance en même temps dans le désordre.  Je reste assis et respire profondément jusqu'à ce que ça se calme.

Transport de mouton.

S: C'est ainsi qu'ils vont à l'abattoir, de manière peu confortable...

  Moutons

Absents de la photos, les deux du coffre arrière!  Cette photo a été prise avec la collaboration de notre chauffeur, qui trouvait lui-même la scène risible...  On accorde donc le bénéfice du doute aux bergers azéris, ils ne procèdent peut-être pas tous de la même manière! 

 

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Publié à 09:26, le 3/06/2007,
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• Mais qui est-ce ?

Publié par Poupou , le 5/07/2007 à 01:03
Ça- y-est , la vodka est venue à bout de notre Sébastien , je ne l'ai jamais autant lû, habituellement on le reconnait à la concision de ces écrits et à la frugalité de ses phrases , mais cette fois-ci , attention , il est en feu !
Nous lisons vos expériences de voyages et il est malheureux que nous ne puissions en être les spectateurs , quelles plaisirs nous en tirerions...

Ne manquez pas de nous décrire de la même façon vos prochains périples.

Annie, assures-toi que c'est bien le vrai Sébastien qui t'accompagne !
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• Le style de Sébastien

Publié par profannierousseau , le 6/07/2007 à 10:21
Il est de moins en moins facile de reconnaître les parties de Sébastien des miennes en comptant seulement le nombre de lignes. J'ai bien ramené le bon de Baku, aucun doute; de blogs en blogs, il acquiert plus de verve. Qui sait, peut-être deviendra-t-il un jour chroniqueur économique?
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• Nouveau Sébastien !!

Publié par Sylvie et Réjean , le 6/07/2007 à 22:46
Effectivement...on découvre un nouveau Sébastien avec la langue assez bien déliée...

Est-ce la " piquette" de la Turquie ( c'est lui qui nous le fait remarquer souvent !! ) ou la force de la vodka qui est peut-être plus pure près du pays habité, qui nous le fait découvrir sous un tout autre angle !!!

Ceci dit, je n'ai absoluement pas de problème avec cela et j'en suis plutôt assez contente.
Lire ses commentaires est maintenant presque aussi "long" que ceux de Annie et c'est presque à s'y méprendre !!
À chaque lecture,vous nous faites sentir presqu'avec vous.
Bonne visite à Kiev et revenez-nous avec d'autres belles aventures.

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